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13 août 2007 1 13 /08 /août /2007 05:36
"L'été 2006 fut torride. De deux à quatre heure, et mis à part l'obstination des cigales, on n'entendait que les bruits ténus d'une sieste que la chaleur excusait très facilement.
 
Un de ces après-midi de canicule, fatigué d'un livre interminable et m'emmerdant sec, je décidais une petite et jouissive partie de zapping à 5 chaînes... le zapping du pauvre, à Monaco. En pleine crise de nostalgie de mes 30 chaînes du câble belge, je surfait de TF1 à la Deux, puis à la Trois, admiratif au passage de l'originalité de ces appellations, sans oublier la tremblotante télé Monte-Carlo et son Sabatier souriant par habitude, ni la RAI, l'italienne, nette mais muette, ni enfin Canal+, nette et bien sonorisée, mais codée.
 
Je m'attardais sur l'ex-FR3, la plus culturelle, et cherchant à vaincre un ennui qui lentement refaisait surface, je me concentrais sur les annonces des émissions à venir que précédait la page publicitaire. Le malaise qui m'envahit alors n'avait plus rien à voir avec la température-record; la télévision faisait encore des siennes...
    
On me promettait (à moi, le téléspectateur) pour la semaine prochaine un reportage extraordinaire sur les peuplades du nord de la Mongolie. On, encore, me précisait même en guise d'introduction, d'appât, l'extrême difficulté, la nécessaire aventure pour atteindre ce point du globe si rarement, exceptionnellement dit-t-on à la télé, visité. L'accès à ces contrées ne peut se faire qu'à dos de cheval, des heures durant et le cul douloureux, tout autre moyen étant impraticable, excepté le parachutage (et encore, par beau temps).
 
Dans ce document unique, je pourrai voir de superbes paysages ou batifolent des enfants qui dès six ans apprennent à monter le rêne, seul engin de locomotion résistant aux rudes conditions météorologiques et consommant à vrai dire très peu. Là, me précise-t-on, on vit encore tel que l'on y vit depuis des siècles, et il n'est pas sot d'affirmer que les techniques modernes, que nous connaissons et maîtrisons parfaitement, donneraient à ces béotiens de fulgurants vertiges.
 
Mais en aucun cas, précisent les journalistes, leurs traditions, leur culture, ne doivent être bouleversées, et cela même s'il est difficile, voire impossible, de concevoir une vie sans électricité, routes goudronnées, internet, GSM, câble télé ou livres de Kundera...
    
J’imagine un de ces mongols du nord s'en venant par chez nous, muni de ses moyens d'observation à lui (la sculpture sur os de rêne par exemple), dans le but de savoir qui nous sommes, et de s'en retourner chez lui pour en faire témoignage...
 
La nausée me surprend d'observer ces hommes et ces femmes, ces enfants, ces frères lointains, sur le rectangle magique. J'aime regarder une femme qui se caresse... mais uniquement si c'est la mienne, et installé face à elle, jouissant de la savoir consciente de ma présence et de mon plaisir. Derrière la serrure, j'ai mal aux genoux, et d'un seul œil, je vois mal. Frustrations...
 
Dans quelques semaines, des artistes d’ouverture et de communion au monde dessineront des signes cabalistiques mongols sur leurs tableaux à l'acrylique pour illustrer le désespoir des grandes cités. Des familles bourgeoises et, pléonasme, oecuméniques, décoreront leur dessus de cheminée de ces oeuvres charmantes. Tous rêveront ce retour à la nature, momentané, pour décompresser. Seuls les plus riches le pourront... Pauvres mongols."

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Photo : Gilbert, Andrée et Simone, sur le pas de tir, de retour de Mongolie.

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Published by frederic kroutchev - dans frederic-kroutchev-space-center
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