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22 août 2007 3 22 /08 /août /2007 22:20
" "Dimitri, tchins-toi tranquille", cria-t-elle du fond de la cour, du bout de ces huit mètres de béton cernés de briques et d'une porte.
Elle se pliait rythmiquement, un linge, deux pinces, moite dans sa robe de samedi trop lâche. Ses cheveux étaient gras et ses yeux cernés... Dimitri avait gueulé une bonne partie de la nuit, dès la fin de la jouissance de Robert (fadeur et sources des emmerdes; "ça va, j'ai pas oublié la pilule") jusqu'aux derniers ronflements du Robert, vers 3 heures. Et maintenant encore, Dimitri pleurait, gosse de merde qui, pour sûr, voulait être l'enfer, le dernier petit enfer de cette femme de 39 ans, son troisième âge à elle.
Ses pantoufles béantes sur le devant claquaient à chaque pas; Dimitri, dans ses jeux, y voyait toujours deux chiens furieux, prêts à le dévorer.
"Pourvu qu'y n'pleuve pas...". Elle devait encore habiller le gamin, rafistoler la roue de la poussette que Robert avait déglinguée hier soir pour jouer avec son meilleur ami Robert et aller faire les courses pour le souper du soir. Sur le chemin, elle se creuserait la tête une fois de plus pour renouveler le menu du soir... si Dimitri lui en laissait l'occasion.
Ce soir pourtant il y aurait les invariables saucisses-chips-compote, arrosé de quelques "jups" pour Robert, de coca pour elle et les cinq enfants, deux filles, trois gamins de merde.
Le linge pendu, elle revint soupirant, décala la porte vermoulue, fit sortir le chien de la poubelle, priva le chat de la livre (un peu moins maintenant) de beurre et, à l'odeur, se rendit à l'évidence: "faut changer Dimitri !". Diarrhée...
"Allons bon, c'est la dernière couche..., pourvu qu'y n'chie pas pendant l'trajet". Elle mit son gilet, nouât ses cheveux, et après avoir lié d'un fil (la ceinture était cassée) le Dimitri sur la poussette, ("merde, la roue",..., rafistolage de la roue) elle entama lourdement son expédition.
"Si cette merde de poussette se décidait à rouler droit"; elle n'était efficace qu'en virant, et seulement à gauche. Heureusement, le GB n'était pas loin.
 
Comme d'habitude, elle rencontra Marianne, de trois ans son aînée, un gosse de plus, une pisseuse de Morgane, anémique à souhait, purulente des fesses ("les couches, c'est cher" disait sa mère), accoutumée à la nouvelle star et au télé achat.

La conversation se tassa : les exploits de Robert (« merde » à son contremaître) et de Robert, l'ami : une gifle au bougnoul de camarade de machine qu'avait voulu prier à son dix-heures au lieu de faire des quarts d'heure supplémentaires ("quel con!"), les fesses de la petite, le sommeil "léger" du gamin et, enfin, traditionnel, non épuisé et un peu angoissé: le menu du soir."

together2light.jpg
Photo : misère, misère, et misère (acrylique, Coluche, Mars 1966)

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Published by frederic kroutchev - dans frederic-kroutchev-space-center
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