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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 15:14

Le ciel est verdâtre. Une pluie fine, à peine plus qu'un brouillard, fantomatise le paysage. Du fond d'une vallée lointaine, un son se fait entendre. Ténu, au début, ce son s'impose et se précise, les voyelles et les consonnes se mettent lentement en place. Et c'est là que j'entends, distinctement, « factuuuuuuuuuuuuuures, factuuuuuuuuuuuuuures.... », tel un loup qui hurle à la lune, un soir de pleine lune, sinon ce n'est pas la peine et le loup a l'air con...

Soudain, de ce ciel étrange, tombent par centaines des missives si caractéristiques, dont on sait au premier coup d'œil qu'elles ne sont pas des déclarations d'amour ou des lettres d'amis partis au loin, racontant leurs épopées. Elles sont toutes ornées de logos si familiers; gaz, électricité, téléphone, internet, sociétés de crédit, écoles des gamins, compagnie des eaux, et les pires, huissiers.

Et cette pluie de lettres inonde tout, recouvre les routes, les toits, les appuies fenêtres, les parterres de bégonias. Toutes sont marquées de mon nom et de mon adresse.

Les ouvriers communaux, au lieu de jeter tout ça dans leur grand sac vert, les empilent et les rangent. Les mamies les balayent de leurs trottoirs, mais renoncent vite à ce qui est un travail de Sisyphe, à refaire sitôt fini... Quelques curieux les ouvrent et font des « rhoooo », la bouche ronde, le regard médusé.

Un passant me désigne du doigt, et tous se mettent à foncer sur moi, scandalisé par tant de bordel paperassier. Ces nom et prénom, imprimés sur chaque lettre, ont enfin un visage, un corps, et il va déguster.

C'est un certain « Maurice » qui court le plus vite, une poignée de cet infâme courrier à la main. « Je vais te les faire bouffer », me crie-t-il, hors d'haleine. Il m'atteint et le choc est rude. Tous deux, nous tombons. Il ne rigolait pas, le Maurice; il veux vraiment me les faire bouffer. Il les chiffonne, les roule en boule, et les presse de plus en plus fort entre mes lèvres, contre mes dents serrées. Ce n'est plus qu'une question de temps...

Je me redresse d'un bond dans mon lit, transpirant des pieds à la tête. Dans ma bouche, presque méconnaissable, un ticket « Win for live » mâché et remâché, que, surpris, je recrache le plus loin possible.

Décidément, les rêves, ça n'a aucun sens...

 

together2light.jpg

 

Photo : un huissier, une gentille dame de l'ONEM et ma banquière, après une séance particulièrement défoulante de sadisme social

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Published by frederic kroutchev - dans frederic-kroutchev-space-center
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commentaires

Riff 03/11/2010 12:55



c'est toujours très réjouissant de lire tes articles !! :D